Rêverie

Publié le par miniklochette

La grande soirée venait de commencer. Les


feux brillaient dans tous les coins. Chacun arrivait escorté par des valets pour les plus riches, par un simple domestique pour les autres.

J'arrivais au milieu de l'escalier central, je dominais ce mouvement de foule. Malgré ce parterre, je distinguais aisément le visage tant attendu.

Le regard perçant d'un bleu limpide, le nez droit et régulier, les lèvres rosées au goût de miel, et la cascade de ses cheveux noirs posée sur ces épaules bien bâties. Il était là au milieu de tous. Sans s'en rendre compte il subjuguait son entourage, nombreux étaient ceux qui traînaient dans son sillage, dans quelque espoir de retombées de sa notoriété. Mais c'était peine perdue, lui seul était admiré, le reste n'était que les restes.

Il laissa se perdre son regard ne voyant rien et voyant tout. Nos yeux se croisèrent mais ils ne se posèrent pas sur moi. Je restais là pétrie de stupeur quant à cette ignorance de mon être. Pourtant je demeurais droite ne trahissant pas cet affront.


Je collais un sourire de circonstantce sur mes lèvres, je hochais la tête quand il le fallait, regardait les gens en les saluant et descendais majestueusement cet escalier, sans toutefois le perdre des yeux.

Je posais enfin un pied sur ce marbre noir et blanc, si délicatement que je faillis ne pas m'apercevoir que je marchais. Le frou-frou de mes vêtements offrait une musique légère à la cadence de mes pas.

Je me voulais mystérieuse et inaccessible.

Enfin, je parvins à cet homme si efrontément parfait. Il leva sur moi un océan de bonheur, bien vite transformé en tempête.


Le bleu vira au gris, ses lèvres se pincèrent en un rictus qui se voulait être un sourire, sa main souleva le jais de ses cheveux, le geste trahissant un mal-être.

Le malaise continua jusqu'à ce que je m'éloigne, non sans lui avoir souhaité une bonne soirée.


Je passais la majeure partie de la soirée à vouloir l'éviter, mais le hasard me jouait de mauvais tours et conduisait mes pas malgré moi toujours vers lui.

Intérieurement je désepérais de ne pouvir être exceptionnelle à ses yeux. J'allais et je venais, faisant ce pour quoi j'étais là. Je m'autorisais quelques instants ici et là, n'ayant si peu de temps pour moi. Si peu de temps pour pleurer, si peu de temps....


Les musiciens entamèrent la rituelle danse d'ouverture. Jamais je n'avais vu autant de personnes si maladroites, je ne pensais pas qu'un jour je verrais ça.

Si peu de grâce dans les révérences, si peu d'entrain à suivre la cadence, les danseurs se bousculaient, alros qu'il aurait dû émaner de la salle de danse une émulsion, une émotion, l'allégresse générale se voulait fausse, chantée comme les musiciens.

Rien n'était vrai, et il me semblait que nul autre que moi le ressentais.


Mon coeur n'était pas à la fête, il pleurait seul derrière les murs épais. Je voulais m'échapper de cette mascarade, mais les obligations me retenaient ici. Je devais faire face à cette assemblé qui riait, qui dansait, et qui ne partirait que très tard dans la nuit ; sans parler de ceux resteraient jusqu'à l'aube en espérant trouver au détour d'un couloir une servant ebien à leur goût.

Toute cette ambiance m'écoeurait, mais je n'avais d'autre choix que d'être là.

Les victuailles affluaient de toutes parts, faisant rêver les chasseurs, les vignerons, et les autres grattes terres qui ne soulevaient jamais rien de leurs mains, mais qui récoltaient tout le bénéfice d'un travail acharné payé une misère.

Le lendemain il y aurait plus de déchets que d'invités, et les restes trouveraient preneurs pour les pauvres qui se démènent comme des forcenés pour offrir un couvert parfait.

Non il n'y avait là que compétition entre nobles de petite éducation. Rien de si solennel pour prêter excuse d'une fête.

Je regardais chaque visage, aucun n'avait le moindre scurpule, ni la moindre retenue; Seules les épouses distinguées maintenaient un semblant de bonne éducation.

Entre tous, j'observais les réactions des nobles gens, il m'arrivait parfois de m'amuser de leurs excentricités mais ce soir, trop c'était trop.


Mais alors que je parcourais l'assemblée de ces visages rubiconds, je tombais sur ce magnifique spécimen qu'était ce chevalier aux cheveux de jais.

Il souriait à sa voisine, très bele femme au demeurant, et ses yeux la dévoraient.

S'ils avaient été seuls, il n'autrait pas hésité un seul instant. Mon coeur se serrait de douleur à la vue de cette cour entretenue.

Il ne me voyait pas, il ne me voyait plus. J'étais seule et bien seule parmi tout ce monde.

Lui seul comptait. Et maintenant je ne comptait plus.

Il m'avait eue et maintenant je redevenais une rien.

J'aurais tellement aimé être l'éclat de ses nuits, le bonheur de ses jours.

Tout cela devenait si dramatique que je finis par en rire. Les quelques personnes qui m'entendirent me jetèrent des regards noirs, je venais troubler leur fête.


Alors silencieusement, je me glissais hors de vue. Je le comptemplais encore une fois, me rappelant le miel de ses lèvres, le bonheur de ses mains, la chaleur de son corps. Une et seule larme roula sur ma joue.

Je ne devais pas avoir de telle pensée, il était tout et moi tellement rien.

Pourtant il m'avait regardée, il m'avait aimée, il me l'avait dit.

Pendant un temps j'aurais été aimée par cet homme si charmant, si valeureux, si tout. Et ce soir alors que la fête bat son plein et que je pleure cette nuit oubliée à jamais, je m'en retourne vers la cuisine, mon domaine, puisque je suis servante, celle-là même qu'un noble de petite éducation trouvera à son goût à la fin de cette soirée.

Publié dans Histoire d'y croire

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G
un texte qui ne manque pas de véracité, même aujourd'hui. je reviendré. merci pourt ton blog
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